Et on est allé voir la mer

Il n’y a pas si longtemps, alors que j’hésitais entre une escapade berlinoise ou londonienne, entre une bière dans un bar communiste ou travailliste, mon amie imaginaire m’a proposé à demi-mots, à demi-tweet un weekend à la mer. A Saint-Malo, dans sa bâtisse familiale, surplombant les remparts. Avec vue sur la mer. Et du papier révolutionnaire dans les toilettes. Forcément, j’ai dit : “Du papier révolutionnaire ?! Banco, Bingo, Twingo, Ringo”.

Au petit matin (10h, sic) on partait à trois. Mon amie imaginaire qui avait raté ses concours, son amie drôle récemment quittée, et moi en deuil. Inutile de préciser que ce weekend serait : le weekend des gens drôles.

That look you give that guy - Eels

Paris – Saint-Malo. 400 kilomètres. Et le même CD en boucle : Two Door Cinema Club. Des post-its collés à même le pare-brise, histoire de se souvenir où on va. Et toujours la même question à chaque péage : “Excusez-moi c’est bien le bon chemin pour la Suisse ?”. C’était sans compter sur ce panneau avec inscrit “Suisse normande”. Rires. Sauf pour l’amie drôle qui s’était réfugiée dans le sommeil, sans doute lassée d’entendre “What you know” pour la 17ème fois. On ne lui en voudra pas. Et puis tant qu’elle ne bavait pas. Finalement arrivés à bon port après un déjeuner gastronomique sur une aire de l’A84 qu’on taira. A l’exception des frites réhydratées au soda (qu’il faut secouer sinon la pulpe, elle reste en bas). Là-bas, serrure bloquée par l’iode. Il paraît que c’est courant, dixit l’amie drôle qui a vu un reportage à la télé. La perspective de dormir dans la voiture plane au dessus de nous. A moins que ça ne soit qu’une mouette.

Le temps d’une balade sur les remparts et quelques coups de téléphones à la grand-mère de l’amie imaginaire. Serrure débloquée. C’est vrai qu’il y a du papier révolutionnaire dans les toilettes. Et des coquillages en guise de carreaux sur les murs d’une des salles de bains. Le reste du weekend ne sera que longues discussions – que je n’écoute pas  (ou fais semblant) – en arpentant les rues pavées du vieux Saint-Malo (y-’a t’il un Saint-Malo “nouveau”?), verres au Café de l’Univers (rebaptisé le bar à pétasses), moules (le mot qui fait rire, l’amie drôle), guet-appen (le sketch qui fait rire l’amie drôle… oui bon..), catch dans le sable (Moi 2 – Amie imaginaire 0), une certaine Chloé œnologue… amateur et accessoirement cousine de l’amie imaginaire, prendre des verres sur des balançoires au “café du coin d’en bas du bout d’en face la java”, une nuit glaciale et des draps gelés, le spectre de la momie incas . La même qui menaçait déjà 50 ans plutôt ce grand reporter dans Tintin et les 7 boules de cristal.

Des insultes en allemand, du vin, répondre à un test d’un magazine masculin en marchant dans le sable mouillé, Chez Chantal, elle gelée dans son trench bleu, penser à Billy et écrire “Salopeu” et “Peu – être” sur le sable, ne pas voir la piscine d’eau de mer à cause de la marée haute. Reprendre la voiture et rentrer à Paris avec ces deux filles hot.

Ce week-end, on est allé voir la mer. Un week-end avec des gens drôles qui aiment se faire insulter en allemand.

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